“Les vraies roues sur lesquelles reposent le véhicule de la
Congrégation  sont les Cœurs de Jésus et de Marie

Nous avons voulu interviewer notre Supérieur Général en cette semaine de sa réélection et après qu’il ait rencontré le Pape Benoît XVI il y a seulement quelques heures. Voici quelques-unes de ses réponses au  cours du dialogue que nous avons eu avec lui.

– Comment se sent  notre Supérieur Général après sa réélection?

Aussi surprenant que cela puisse paraisse, tout à fait tranquille. J’ai essayé de convaincre les frères d’élire quelqu’un d’autre… Ils ne m’ont fait aucun cas.

– Quel message aimerais-tu adresser aux frères de la Congrégation en ce moment ?

Le même que j’ai délivré aux capitulants au moment de la réélection : que les supérieurs généraux nous sommes, comme disait le P. Rouchouze, « des roues de secours » avec donc un rôle secondaire et relatif. Les vraies roues sur lesquelles repose  la voiture de la Congrégation sont les Cœurs de Jésus et de Marie.

– Depuis ce « point de vue privilégié » qui est le tien pour connaître la Congrégation, quels sont, à ton avis, les principaux défis qui se présentent actuellement à notre famille religieuse ?

Les défis sont ceux sur lesquels réfléchit en ce moment le Chapitre : la mission apostolique, le service que nous pouvons et devons offrir, le sens de la communauté (locale et globale), la validité de la Congrégation comme lieu pour approfondir l’Evangile et l’expérience de Dieu, la communion et l’entraide entre nous tous … etc.

– Saint Damien de Molokai, le bienheureux Eustaquio van Lieshout et les martyrs  SS.CC. du vingtième siècle en Espagne sont vraiment des sources d’inspiration pour vivre la mission de la Congrégation en les domaines  de la pauvreté, de l’incroyance, de la réconciliation et de la paix. Que pourrions- nous apprendre d’eux et mettre en pratique  pour  nos présences aujourd’hui dans le monde ?

Le Chapitre reprend l’image de nos saints et bienheureux comme source d’inspiration pour nous inviter à être plus audacieux dans ces services de                « frontières » que tu as énumérés. Je crois que la vie d’un frère présentée comme     « icône »  peut nous mobiliser plus qu’un slogan. De la même manière  la vie entière de Jésus (ses différents âges, tout son parcours, tout son Evangile) est notre Règle, et pas seulement une idée que nous pouvons abstraire de sa figure. J’ai la conviction  que cette manière de nous laisser inspirer (avec des « exemples de vie » plus qu’avec des énoncés d’idées) aidera la Congrégation   dans  les prochaines années.

-Notre Congrégation renforce chaque jour davantage son visage international, la collaboration et l’interdépendance entre les différentes communautés provinciales. En quoi, à ton avis, devons-nous progresser grandir dans ces domaines ?

Je m’en remets à ce que le Chapitre dira sur ces thèmes. C’est justement ce que nous travaillons ces jours-ci pour dégager quelques orientations qui feront l’objet d’un document.

– Avant de commencer ce Chapitre, tu as célébré tes 50 ans. Tu écrivais ceci : “A 50 ans nous pouvons enlever les décors pour que le cœur soit plus libre et nu ». Plus libre et nu pour servir?

« Aimer et servir sont toujours » les objectifs absolus. Les « décors », c’est en référence à ces choses qui paraissent être des services mais qui en réalité sont des  artifices qui brident nos énergies et ne nous laissent pas livrer notre vie avec la fraîcheur et la liberté auxquelles nous appelle l’Evangile. Il faut beaucoup de foi, beaucoup de bonté et beaucoup de lumière intérieure  pour arriver à savoir ce qu’il faut garder et ce qu’il faut laisser. Personnellement je me sens très loin d’avoir ces capacités.

– Chaque mois, tu nous offres une lettre. Un frère a dit, dans ce Chapitre,  que cette réflexion devient comme un « goutte à goutte profond de spiritualité ».  Sur quels thèmes penses-tu qu’il te soit nécessaire, dans l’avenir, de dire  quelque chose comme Supérieur Général ?

Laisse-moi, avant de répondre, consulter les « conseillers » que me donnera le Chapitre !

– Tu nous as confié, au cours de ce Chapitre, que cela te manque d’être avec les plus pauvres et nécessiteux. Que t’apportent  ces gens qui vivent à ces marges de la société et de la pauvreté ?

Les époques de ma vie où j’ai eu la chance d’être proche de ces gens pauvres et de ceux qui souffrent, ont été pour moi des époques lumineuses et m’ont rendu meilleur.  Le service de l’autorité t’éloigne de ces fronts et fait de tes frères de Congrégation les premiers destinataires de ton service. Ce tournant suppose un séisme vocationnel intérieur que je continue encore  à essayer d’assumer. C’est une façon beaucoup plus décapante et plus exigeante de comprendre l’appel de Dieu à servir.

– Partage-nous ton appréciation de l’audience avec le Pape.

C’est un merveilleux moment symbolique de communion de la Congrégation avec l’Eglise universelle. Les fondateurs se seraient remplis de joie de nous voir. Personnellement, en plus de l’affection et du respect que mérite le Pape, j’apprécie sincèrement Benoît XVI. Il me paraît très courageux et très « croyant », capable de parler de Jésus de manière profonde, simple et lumineuse. En général, chaque fois,  j’apprécie les personnes beaucoup moins pour leurs idées  que pour la lumière intérieure qui émane d’elles.  Et dans ce Pape je sens cette lumière.

Propos recueillis par

Fernando Cordero ss.cc.

Traduction française : Jean-Claude Marjou

Publicités